2/ Museum Week : Ville et Labyrinthe

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Deuxième jour de la Museum Week où la ville devient ton nouveau centre d’intérêt. Villes grandes ou petites, leur principale caractéristique réside dans la construction et l’organisation spatiale. Le Cardo (axe nord-sud) et Decumanus (axe est-ouest) romain sont sans doute les créations les plus connues pour mettre de l’ordre dans un déploiement spatial de l’architecture qui peut vite devenir incontrôlé et… labyrinthique.

 

Sortie d’Urgence

Or le labyrinthe est un motif universel qui apparaît dès la préhistoire : les spirales et sillons des coquilles des escargots ou des coquillages, les toiles d’araignées, les écailles de certains reptiles ou même les structures internes des grottes souterraines intriguent, déploient l’imaginaire humain et excitent la curiosité. Le mythe grec du Minotaure traduit parfaitement la dualité du labyrinthe : cette structure monumentale construite par Dédale cache à la fois la vie et la mort. Le Minotaure – monstre né de l’accouplement de Pasiphaé, femme de Minos, avec le taureau blanc offert au roi par Poséidon. No comment. – bouffe quiconque se trouve sur son passage et chacun sait qu’il est bien difficile de fuir dans un labyrinthe. Cependant il existe bien une sortie, synonyme de vie, et cette sortie se trouve au centre du labyrinthe. Il s’agit d’un puits de lumière par lequel Dédale et son fils Icare tenteront de s’envoler avant de s’écraser lamentablement sur le sol. Le centre est la porte de sortie lumineuse car elle est l’achèvement de l’errance, elle amorce le chemin du retour.

L’errance au sein cette architecture s’accompagne d’une profonde angoisse ; à chaque nouveau couloir il faut prendre une décision, choisir entre deux voies sans pour autant savoir si l’issue sera ou non fatale. Pourtant c’est bien la perspective de la solution, symbolisée par la porte de sortie, qui maintient le malheureux promeneur dans l’action, dans le mouvement (un peu la peur de se faire bouffer aussi).

 

Maison des Mosaïques Géométriques
Pompéi

La métaphore ne saurait être plus claire : l’homme qui chemine dans le labyrinthe affronte métaphoriquement son âme et sa complexité mais aussi la complexité de la vie et de l’Univers. Le microcosme et le macrocosme s’entremêlent pour évoquer les errements auxquels chacun se confronte durant sa vie. Parvenir au centre du labyrinthe, remonter les sillons d’une coquille d’escargot ou de coquillage, c’est trouver une réponse, revenir à la lumière et à la compréhension. Le concept du centre est d’ailleurs omniprésent dans toutes les cultures, sûrement une des raisons pour lesquelles le labyrinthe s’inscrit systématiquement dans un cercle ou un carré, deux formes géométriques évoquant l’unité et la perfection, la création et l’organisation du monde. Jamais on n’a vu un plan de ville aux contours triangulaires mais le cercle et le carré sont partout la norme. Une ville ronde ou carrée protège, rassure, elle marque des limites connues et permet de fixer des repères. Les errements ne sont que temporaires et toujours le promeneur se « retrouve » quelque part.

 

Photographie aérienne  
de la ville sumérienne d’Uruk
©Friends of ASOR

Village forteresse de Chengqui lou, Chine
Province du Fujian, sud-est de la Chine
Début XVIIIe siècle
©Evaneos.fr

Vue aérienne de New-York, Central Park
© Sergey Semonov

Lost in Translation

Un pays semble contredire ce besoin de mettre fin à l’errance. Les villes japonaises se distinguent curieusement par un système d’adressage complexe qui rend chaque ville labyrinthique et particulièrement perturbante. Si aujourd’hui quelques axes très fréquentés se sont vus « nommés », dans la grande majorité les rues n’ont pas de nom au Japon. Les villes sont divisées en quartiers eux-mêmes divisés en districts qui sont à leur tour divisés en blocs de bâtiments. Blocs et bâtiments sont numérotés mais pas dans un ordre croissant ou décroissant, pair ou impair, non, ils sont numérotés en fonction de leur date de construction. Un cauchemar donc pour s’y retrouver. Les Japonais eux-mêmes s’y perdent et ce n’est peut-être pas un hasard si l’on doit à l’écrivain japonais Akira Mizubayashi le Petit Éloge de l’Errance

 

Un panneau indiquant un bloc dans la ville de Nagoya, Japon
(avec un plan en dessous, sympa)

 


© Gallimard

 

 

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