4/ Museum Week : Profession, Archiviste et Tablette d’Argile Mésopotamienne

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Ce jeudi de la Museum Week est consacré aux métiers et s’il en est un sans qui j’aurais probablement créer un concept de blog « Crop Top et  Bouddhisme », c’est bien le métier d’archiviste. Hommage à l’objet qui a initié cette merveilleuse profession : la poussière la tablette d’argile sumérienne.

Tablette en argile de comptes agricoles se référant à des troupeaux
Probablement la propriété d’un grand temple du sud de Babylon
Circa 2400 av. J.C.
© Harry Ransom Center (University of Austin, Texas)

 

Vous M’en Graverez Quatre Blocs

L’apparition des premiers documents écrits est bien évidemment corrélée à celle de l’écriture dont les premières traces apparaissent dès 3300 av. J.C. en Mésopotamie. Il s’agit d’une écriture cunéiforme (qui à la forme d’un coin) archaïque et son apparition témoigne d’une complexification des sociétés mésopotamiennes, et notamment la société sumérienne. La volonté de conserver une trace écrite découle d’une volonté des puissants d’inscrire dans le temps, sur une matière impérissable, des acquis, des droits ou des lois. L’affirmation de l’autorité passe par l’écrit et les scribes qui possèdent la connaissance de l’écriture notent d’ailleurs que ce qui distingue un homme cultivé d’un inculte est justement la capacité à lire et écrire, à transmettre la connaissance des règles qui régissent l’Univers (ou sa région, sa ville, sa maison, etc).

La Mésopotamie possède une ressource naturelle à la source de ce qui deviendra la travail d’archiviste : la terre argileuse. L’argile est la matière première du quotidien : elle sert de matériau de construction et permet de fabriquer les objets du quotidien. Le Tigre et l’Euphrate en fournissent en quantité et il n’y a littéralement qu’à se baisser pour en avoir. Matière humble, elle n’en est pas moins noble à tel point que les penseurs antiques mésopotamiens lui attribuent la qualité d’élément primordial né de l’Apsû (la masse d’eau douce sur laquelle flotte le monde). C’est de cette même argile que naquit le dieu Enki qui créa l’homme, également en utilisant de l’argile, mais une argile discount dépourvue d’immortalité qu’il mêla au sang d’un dieu sacrifié. C’est ce que nous conte le mythe d’Atra-hasis :

Par la chair divine, l’esprit sera en lui,

(à jamais) il le gardera vivant auprès de lui,

et par l’esprit qui est [en lui] il sera préservé de l’oubli.

S’il y a bien une chose qui fait plus flipper le genre humain, c’est l’oubli. Il panique tellement (consciemment ou pas) à cette idée que tous les moyens sont bons pour se rassurer. Comme la création de récits démiurgiques ou l’invention de support d’écriture. Et si, en plus, le support d’écriture est fait d’une matière considérée comme élément primordial (et donc éternelle) alors la symbolique semble garantir un semblant d’immortalité. Ce qui n’était pas tout à fait faux puisque ces tablettes sont parvenues jusqu’à nous malgré leur apparente fragilité…

Tablette portant le texte d’un mythe de création sumérien
Mythe de création « Enki et Ninhursag » ; Basse Mésopotamie
3e millénaire av J.-C., Sumer
Paris, musée du Louvre
©RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Tri Sélectif

Les tablettes d’argile qui nous sont parvenues traduisent les contraintes du support. Leur taille permettait au scribe de les tenir dans la main tandis qu’il écrivait sur la première face. La matière alors malléable adoptait sur la deuxième face la forme de la paume de la main. Puis pour écrire sur la deuxième face sans effacer ce qu’il venait d’écrire sur la première, le scribe tenait différemment la tablette.

C’est la multiplication des tablettes écrites qui engendra progressivement un besoin de rassembler et d’organiser les différents documents pour y accéder plus rapidement. De la même manière que l’écriture cunéiforme se diffusa en Mésopotamie, l’organisation en archive connut le même succès.

Les premiers États et les premières écritures dans le Moyen-Orient antique
©hg-bnex.fr

D’après des découvertes archéologiques dans l’antique cité de Mari, il apparaît que « les nombreux lieux d’accumulation ou de dépôt d’archives soient clairement reliés aux principales fonctions du gouvernement de Mari » (in Les archives de la civilisation mésopotamiennes, Martine Hardy). C’est précisément ici que notre archiviste apparaît. Responsable de la « mémoire », il optimise le rangement des documents de plus en plus nombreux en élaborant des techniques d’entreposage et d’identification.

Palais de Zimri-lim
Mari, Syrie
Vers 1760 avant notre ère
© Encyclopedia Universalis, 1993

Trois systèmes sont alors créés : le système des casiers (qui sera le plus populaire), celui des étagères ouvertes et le système des récipients.

Et guess what ? On utilise toujours aujourd’hui le système des étagères ouvertes !

 

Les archives sont des lieux de conservation de l’Histoire humaine. Elles la collectent, la classent, la conservent et la partagent. Elles permettent de comprendre des civilisations, des pensées, d’éclairer et de mettre en perspective notre histoire par les petits et les grands évènements qui la constituent. Sans elles, nous serions condamnés à une amnésie perpétuelle, chaque génération ignorant la vie de la précédente. Sans compter que la série Kaamelott n’aurait jamais vu le jour et moi, je mangerais de l’eau.


Il connait la valeur des choses J.C. 

 

 

 

 

SOURCES :

  • Martine Hardy, 
Les archives de la civilisation mésopotamienne, travail réalisé à l’EBSI, Université de Montréal, dans le cadre du cours ARV 1050–Introduction à l’archivistique donné au trimestre d’hiver 2009 par Sabine Mas (remis le 21 avril 2009).
  • http://classes.bnf.fr/index.php

 

 

 

 

 

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