[ ARTICLE COURT ] Silex Taillés Maya

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[ARTICLE COURT] Les Mayas ont produit de nombreuses formes d’excentriques, ces silex taillés quasiment impossibles à reproduire aujourd’hui. Si la forme la plus spectaculaire est celle du Dieu K (ou K’awiil), il existe des formes plus épurées en rapport direct avec le Dieu.

 

L’Excentrique du Serpent Och Chan

Comme je te l’ai expliqué dans l’article précédent, le Dieu K est étroitement lié au serpent dans les croyances Maya puisque les éclairs qui sont symbolisés par des serpents sont un des attributs du Dieu K. L’étymologie même de K’awiil semble renvoyer à la foudre, aux éclaire et à l’orage.

Or, il existe une homophonie maya entre chan signifiant « ciel » et chan signifiant « serpent », les deux mots liés l’un à l’autre appuient d’autant plus la symbolisation de l’éclair ou de la foudre par le serpent. Ceci pour te permettre de comprendre pourquoi le serpent Och Chan est identifié à l’orage et à l’éclair.

 

Excentrique Maya en silex coloré
Entre le VIIe et le Xe siècle

©Detroit Institute of Arts

Pour boucler la boucle, de nombreux spécialistes des Mayas ont proposé une identification du Serpent Vision, une importante bestiole de la mythologie maya, à Och Chan. Le Serpent Vision a pour principale fonction de relier le monde physique au monde surnaturel…comme le Dieu K. Ce dernier étant la force derrière la magie, la transformation et la transcendance dans la pratique rituelle maya, il est ainsi l’essence même de Och Chan le serpent.

 

Site Maya de Yaxchilan, Mexique, Période du classique tardif.
Photographie du linteau 15 de la structure 21 représentant la dame Wak Tuun,
une des femmes du roi Oiseau-Jaguar IV durant un rite d’autosacrifice face au Serpent Vision.
Dessous, représentation du Serpent Vision d’après le linteau.

©British Museum
 

 

L’Excentrique du Dragon Barbu

 

Toujours dans le domaine du reptile, les Mayas ont associé Itsamna (dieu du ciel, du jour et de la nuit et inventeur de l’écriture) au « Dragon Barbu » sorte de lézard lui-même relié au Serpent Vision, tout comme l’est le serpent Och Chan. De la gueule du « Dragon Barbu » sortent les visions des dieux et des ancêtres déifiés, il est étroitement lié au lignage royal. Même combat que le Dieu K.

 

En bas à droite, à côté de l’excentrique du serpent Och Chan,
deux excentriques en silex clair du « Dragon Barbu »
©Artkhade

 

Les Mayas associaient l’obsidienne, pierre volcanique et vitreuse noire luisante, au Dieu K ; ils la pensaient comme une incarnation du Dieu sur terre et aussi comme le résultat du choc entre la foudre et la surface terrestre. Le Dieu K était alors l’intermédiaire entre le monde humain et l’inframonde, le monde des divinités auquel on accédait par des cavernes. L’obsidienne rappelait par sa couleur ce monde profond et mystérieux et par sa provenance supposée son lien avec le ciel.

 

Le panthéon maya attribuait différentes formes à ses divinités et ainsi les formes des dieux se métamorphosaient changeant de visage à la nuit tombée. Passant de la vie diurne à la « mort » nocturne, les divinités circulaient d’une forme à l’autre, d’un espace à l’autre, passant du ciel à l’inframonde souterrain puis retournant au ciel une fois le jour levé.

 

C’est ce que traduisent les excentriques du Serpent Och Chan et du Dragon Barbu : ces formes liées plus directement au ciel (par la foudre ou par Itsamna) étaient taillées dans des silex de couleurs claires, symboliquement associées au ciel et au soleil diurne. Et donc en opposition à l’obsidienne noire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ci-desus, excentrique Maya en silex coloré

Entre le VIIe et le Xe siècle
©Detroit Institute of Arts

Ci-contre, excentrique en obsidienne
de la période du classique tardif

Circa 550 – 950 ap. J.C
©Sotheby’s 

 

Ainsi les caches où étaient déposées les excentriques en obsidienne du Dieu K et ceux du Serpent Och Chan ou du Dragon Barbu formaient une unité dans la diversité, un cycle éternel se régénérant continuellement grâce à l’alternance du jour et de la nuit.

 

La figure du serpent, animal symbolique de l’éternité dans de nombreuses cultures (voir l’Ouroboros) tient encore ici une place essentielle. Et quand le serpent se mord la queue, la boucle est bouclée et c’est encore une fois la vie éternelle à laquelle les humains essaient d’accéder.

 

SOURCES :

 

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  • BAUDEZ C.-F., Une Histoire de la Religion des Mayas, Bibliothèque Albin Michel Histoire, Paris, 2002
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  • GENET Jean (1566), 1928-1929 Relation des choses du Yucatan de Diego de Landa. 2 volumes. Edition Genet. Paris
  • HOPPAN Jean-Michel, L’écriture figurative des Mayas. Nathalie Beaux, Bernard Pottier et Nicolas Grimal. Image et conception du monde dans les écritures figuratives. Actes du colloque Collège de France – Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 24-25 janvier 2008, Jan 2008, France, AIBL – Soleb, pp. 196 – 241, 2009 <halshs-00696269>
  • HOUSTON S., The Life Within, The Classic Maya and the Matter of Permanence, Yale University Press, USA, 2014
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