On Fire – Histoire du Feu d’Artifice

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Cet été, un fait divers a entaché les vacances de plusieurs milliers de Français, un événement rare qui n’a peut-être jamais connu de précédent et pour lequel le vacancier juilletiste ou aoûtien reste impuissant : une pénurie de feux d’artifice.

Si néanmoins le vacancier connaît l’histoire du feu d’artifice, peut être a-t-il pu se distinguer en créant un spectacle pyrotechnique à partir de bambou, une ingéniosité dépassant de loin celle de Jean-Jean, notoirement connu pour son expertise dans le domaine du BBQ en terrain hostile. Une chance comme celle-ci de briller en société camping ne se présente pas deux fois dans une vie. Pourtant, dans la crainte d’une nouvelle pénurie, je consens à t’aider à élargir tes connaissances dans le domaine du spectacle pyrotechnique.

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Anciens feux d’artifices chinois, XIXe siècle
©enabdullahu

Comme beaucoup d’inventions bruyantes, le feu d’artifice a été découvert par des enfants pour pourrir la vie de leurs parents. Des enfants chinois précisément. C’est un peuple qui a la découverte (et le bruit aussi) dans le sang et ce dès le plus jeune âge.

En Chine, comme chacun sait, le bambou est omniprésent et sert tout un tas d’usage depuis fort longtemps. Tu ne dois pas ignorer non plus que le bambou est un végétal robuste mais dont l’intérieur est creux, donc rempli d’air. Si tu n’étais pas un branleur de fond de la classe durant ta scolarité (ce dont je ne doute absolument pas), tu dois te souvenir que lorsque l’air est chauffé il se dilate et prend donc plus d’espace que l’air froid. L’air emprisonné dans le bambou, s’il est chauffé, va donc se dilater à tel point que le végétal ne pourra plus le contenir et finira par exploser. Et voilà, le premier pétard est né. Ce phénomène semble avoir été découvert autour de 200 av. J.C. et fut nommé « bàozhú » (de « bàozha » qui signifie « exploser » et de « zhu » qui désigne le « bambou »).

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Pétards pour le Nouvel An chinois
©songmoi.vn

Puis c’est en 800 ap. J.C. que le bàozhú va prendre une autre tournure. Alors que l’alchimiste européen s’échine à trouver la pierre philosophale qui transformera d’abord les métaux en or et éventuellement prolongera sa misérable vie déjà ruinée par l’utilisation excessive de mercure, le Chinois lui, homme raisonnable, s’entête « seulement » à rechercher l’élixir d’immortalité. Et pour se faire, il dirige son intérêt vers les matériaux présentant de singulières propriétés comme par exemple l’or (qui ne ternit jamais), le mercure (métal liquide) ou le sulfure (la pierre qui s’enflamme). Parallèlement, l’alchimiste chinois connaît depuis longtemps les effets du salpêtre – tous les manuels d’alchimie de la dynastie Tang (618 – 907) mentionnent la préparation du salpêtre. C’est un must-have du parfait petit alchimiste – ce nitrate de potassium prend la forme de cristaux blancs sur les murs humides ou sur certains sols et on s’en sert alors comme engrais ou comme conservateur de produits alimentaires. Autrement dit, le salpêtre aide ou « prolonge » la vie des végétaux et des aliments et ça, le Chinois il se dit que c’est une piste intéressante pour devenir immortel. Alors il le mélange avec du sulfure. Et du carbone sous forme de miel séché. Et après quelques essais infructueux, le miracle se produit enfin : l’alchimiste chinois fait littéralement exploser son laboratoire. L’alchimiste chinois vient de créer la poudre noire, le plus ancien explosif chimique et le seul connu jusqu’au milieu du XIXe siècle, avant qu’on ne découvre les horizons étincelants et prometteurs de la nitroglycérine et de la nitrocellulose. La plus ancienne recette connue apparaît dans un manuel militaire chinois imprimé en 1044 bien que la poudre noire existe déjà depuis longtemps.

Mets-en un peu dans un bambou que tu jettes au feu et tu obtiendras un feu d’artifices. Si au contraire tu forces la dose, tu auras entre les mains une bombe artisanale made in China.

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Illustration d’une bombe à fragmentation du XIVe siècle
Issu du livre Huolongjing de la dynastie Ming
Les points noirs représentent les billes de métal expulsées lors de l’explosion de la bombe.

 

 

La thérapie « sons et lumières » contre les esprits pas mignons

Étonnement, le premier usage de la poudre noire et du bambou ne fut pas de cramer toutes les personnes n’ayant pas le tact d’être d’accord avec les Chinois. D’abord, ces derniers s’en servirent pour effrayer les mauvais esprits car c’est toujours une préoccupation majeure en Chine ; s’ils sont bien sûr effrayants, les mauvais esprits sont notoirement néfastes et occasionnent de graves maladies ou malédictions qui vont bien évidemment à l’encontre de la recherche de l’immortalité.

Tandis que les esprits bénéfiques de la culture chinoise visitent la Terre en profitant de la lumière du soleil, les esprits néfastes qui se nomment kouaï ne se déplacent que dans l’ombre. Plus l’endroit est ténébreux, isolé ou désert et donc silencieux (c’est important), plus les kouaï sont audacieux et moins il est recommandé de croiser leur chemin.

Or d’après l’Yi-Jing (易經), le Livre des Mutations (un corpus de divination de la Chine antique) dont tu as déjà vu le schéma sur des housses de canapés sans savoir ce que c’était, et bien d’après l’Yi-Jing, les esprits bénéfiques procèdent du principe mâle de la vie Yin qui est l’éclair, la force indivisible tandis que les esprits malfaisants sont issus du principe femelle Yang qui est l’ombre et que Yin traverse et féconde. Ainsi, la lumière Yin peut traverser et « transformer » l’ombre Yang alors quoi de mieux qu’un mini feu d’artifice très lumineux pour faire fuir les esprits malfaisants tapis dans l’ombre ?

 

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Si t’avais connu la signification de ce schéma,
je parie que tu te serais assis avec un peu plus de respect sur ta housse moche
(si elle est moche)

 

Jeter au feu un bambou rempli de poudre noire, c’est créer de la lumière dans l’obscurité et troubler violemment le silence angoissant des lieux déserts dans lesquels s’installent les kouaï. La technique semble être pertinente puisque l’objet en bambou est bientôt remplacé par du papier dans lequel on dépose un peu de poudre noire et que l’on jette au feu. Les premiers feux d’artifices ne sont donc pas aériens et leur utilité s’appuie sur la superstition ; les Chinois les utilisent d’ailleurs lors des mariages et des naissances de manière auspicieuse. Un feu d’artifices en 800 ap. J.C. en Chine était donc très différent de ceux auxquels nous sommes habitués et on est encore loin des gerbes d’étincelles colorées. Mais cette pratique demeure intacte dans la célébration du Nouvel An chinois qui s’appuie sur la légende de Nian.

Nian le terrible, un monstre terrifiant résidant toute l’année au fond de la mer émergeait la dernière nuit du dernier jour de l’année et s’en allait dévorer bétail et hommes. Le dernier soir de la douzième Lune, les gens s’enfuyaient dans les montagnes, espérant échapper au monstre. Un jour un vieillard engagea les habitants à se défendre et à lutter contre le monstre, idée contre laquelle ils n’étaient pas foncièrement opposés mais à laquelle s’opposait un cruel manque de pratique. Le vieillard ayant constaté que toutes les bêtes avaient peur du bruit et du feu, il élabora un stratagème pour effrayer Nian. À la nuit tombée, les villageois illuminèrent leur village de milliers de lanternes, éclairant également chaque pièce de leurs maisons. Alors, Nian sortit de la mer se ruant vers le village. Mais bientôt les lumières lui brûlèrent les yeux. Hors de lui, le monstre chargea les maisons mais brusquement, le vieillard s’interposa brandissant un long bambou auquel il mit feu. Le bambou explosa dans un bruit assourdissant terrorisant un peu plus Nian qui n’en pouvant supporter davantage retourna dans les abysses de l’océan. Depuis lors, Nian signifie « année » et à la veille du nouvel an, chaque famille illumine sa maison et fait éclater de nombreux pétards en souvenir de cette fameuse nuit et aussi dans l’espoir de passer une année heureuse.

L’histoire de Nian très joliment illustrée
(avec une légère variante, ici seul le veinard combat le monstre)

 

 

Allumer le feu, un art martial chinois

Une fois que le Chinois a réglé son compte au kouaï, il se dit qu’il serait peut-être temps de régler leur compte à ceux qui viennent marcher sur ses plates-bandes rizières. Ainsi, avant qu’on entame tranquillement le XIe siècle, la Chine possède déjà un bel arsenal de bombes. Si ces dernières sont relativement grossières, il faut que tu imagines qu’en ce temps-là, les combats étaient plutôt silencieux : à part les gémissements des mecs en train de mourir et les bruits des armes qui s’entrechoquent, l’arrivée d’une arme prenant feu et explosant dans un bruit dont le volume sonore n’avait sûrement jamais été atteint auparavant, une arme comme ça avait de quoi faire flipper les mecs d’en face. D’autant que les Chinois qui ont toujours eu le sens du spectacle accrochaient aussi de petits pétards à leurs flèches. Puis 200 ans plus tard, ils inauguraient une nouvelle arme au futur prometteur : le projectile explosif, ancêtre de la rocket.

 

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Rambo sans les Chinois, ça aurait juste été l’histoire d’un mec
qui supporte difficilement la chaleur tropicale d’Asie du sud-est. Moche.

 

 

Oh la belle *choisis ta couleur*

La poudre noire et son utilisation militaire ou « festive » finit donc par s’exporter notamment grâce aux Mongols qui subirent l’invention avant de pouvoir se vanter de la faire subir aux autres. Petit à petit, la poudre noire et son utilisation se répandent en Asie et en Europe avec le succès qu’on lui connaît, développant l’inventivité de certains.

Il faut attendre la première moitié du XIXe siècle italien pour voir apparaître les premières fusées colorées. Dans le cadre de spectacles pyrotechniques, la fusée se présente sous la forme d’un cône dont la base contient de l’essence et l’extrémité de petites boules faites de produits chimiques – nécessaires pour produire la couleur – et d’une charge explosive. Les couleurs sont obtenues grâce à des poudres métalliques.

Si tu te souviens de tes cours de physique, tu as eu connaissance du fait que lorsqu’un élément brûle, il dégage une énergie sous forme de lumière. Tu sais donc aussi que tous les éléments brûlent à des longueurs d’ondes lumineuses différentes. Ainsi, en choisissant soigneusement les éléments métalliques en fonction de la longueur d’onde qu’ils dégagent en brûlant, on obtient une couleur du spectre lumineux.

Les éléments composés de strontium et de lithium produisent du rouge, le cuivre produit du bleu. Le titane et le magnésium permettent d’obtenir de l’argent ou du blanc, avec le calcium on obtient de l’orange, avec du sodium du jaune et avec le barium du vert.

Aujourd’hui la ville de Liuyang dans la province de Hunan est la plus grosse productrice de feux d’artifices au monde. Il y a de fortes chances pour que la plupart des feux d’artifices que tu as vu dans ta vie aient donc été mis au point en Chine. On ne rigole pas en Chine avec ce business et particulièrement à Liuyang puisque la ville fournit près de 60% des 600 millions de dollars annuels que rapporte l’exportation chinoise des feux d’artifices dans le monde.

On notera tout de même l’ironie de l’histoire : la poudre noire nécessaire au développement des feux d’artifices fut avant tout une des premières armes chimiques mortelles alors que son inventeur cherchait désespérément à vivre éternellement. BOOM.

 

 

 

SOURCES :

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