Remède d’Outre-Tombe

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Les repas pantagruéliques des fêtes de fin d’années, l’épidémie de grippe et l’élection de miss France ont eu raison de ta santé de fer ? Avant d’ingurgiter une boîte de Fervex, prends le temps de jeter un coup d’œil, non pas à la posologie, mais aux ingrédients. Crois-moi, on n’est jamais trop prudent.

 

De l’influence de Google Translate dans la thérapeutique médiévale

 

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Pot de pharmacie à « Mumiae », pot à momie
N°217 à l’inventaire
Museums für Hamburgische Geschichte

Hambourg, Allemagne

 

Tu as lu ce qu’il est écrit sur le pot ? DE LA MOMIE. De la vraie momie, le truc égyptien avec les bandelettes oui oui. Et tu sais pourquoi ? Parce que les mecs préposés à la médecine et à la pharmacie, au Moyen-Âge, n’avaient pas bien suivi leurs cours de langues vivantes LV1 Persan, LV2 Arabe.

L’étymologie du mot « momie » va t’éclairer : en persan, le mot موم, mūm signifie « cire » et donnera en arabe le mot مومياء mūmiyā « mélange de poix et de bitume; substance dont les Égyptiens se servaient pour embaumer leurs morts ». Tu saisis le malaise ? La momie, c’est pas le macchabée avec les bandelettes, c’est la substance qui sert à l’embaumement.

Alors comment un cadavre égyptien empaqueté peut-il se retrouver en miettes au fond d’une apothicairerie médiévale ? Et bien en réalité, ça n’avait pas trop mal commencé dans la France du XIIIe siècle. À cette époque, le mot « momie » dérivé du latin médiéval « mumia » désigne encore une substance bitumeuse servant à l’embaumement et, par extension, « momie » est employée pour désigner une « drogue médicinale de composition visqueuse, constituée de bitume et de poix » (Utilisation des momies de l’antiquité à l’aube du XXe siècle, p.307). C’est à partir de cette période que la signification va dangereusement dériver, entrainant avec elle la déliquescence des remèdes pharmaceutiques dont l’acmé sera atteint au XVIIe siècle, lorsque la dénomination « momie » adopte sa signification moderne, à savoir un cadavre conservé grâce à l’embaumement selon un procédé égyptien. La période moderne traita donc ses malades avec de la momie – et pour la grande majorité des remèdes, il s’agissait bien de morceaux de cadavres embaumés réduits en poudre, mais de nombreuses querelles témoignent malgré tout d’un sérieux doute quant à la nature véritable de la momie : s’agit-il d’une mécompréhension des textes antiques traduits par les humanistes ou d’un véritable cadavre préservé ?

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« C’est une excellente question »
N’est-ce pas ?

 

Au Moyen-Âge (c’est-à-dire du Ve au XVe siècle, pour faire simple), la momie est une substance que l’on trouve au Proche-Orient et dont témoignent Dioscoride (environ 40 – 90 ap. J.C.) père de la pharmacie, Pline l’Ancien (23 – 79 ap. J.C.) naturalise puis Rhazès (vers 850 – 923 ap. J.C.), considéré comme l’Hippocrate de la médecine arabe au Moyen-Âge. Cette substance, c’est le bitume ou l’asphalte dont l’usage était recommandé en traumatologie.

Le bitume est un produit issu du pétrole et l’asphalte un mélange de bitume et de roche calcaire. On possède des traces de l’utilisation du bitume au Proche-Orient depuis le Paléolithique et les civilisations mésopotamiennes utilisaient déjà ces substances comme produit cosmétique. Le bitume et l’asphalte sont aussi utilisés comme mortier, combustible, comme moyen d’éclairage, comme désodorisant (si !!!) et désinfectant mais surtout, et ça c’est important concernant notre sujet, ils entrent dans la composition des baumes destinés à la conservation des corps, c’est-à-dire à la momification.

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Bitume solide provenant d’un gisement
en bordure de la mer morte

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Bitume liquide
©Betsy Weber / Flickr

Deux hypothèses formulées par Jacques Connan (professeur à l’Université de Strasbourg et spécialiste mondialement connu du bitume et de ses applications en archéologie) permettent d’expliquer cette application du bitume : l’effet antiseptique reconnu dès la plus haute antiquité et le noircissement des momies (car tu n’es pas sans savoir que la couleur noire chez les anciens Egyptiens est synonyme de renaissance).

Depuis le IIIe millénaire avant J.C., les Égyptiens étaient connus pour embaumer leurs morts. Hérodote décrit d’ailleurs le processus d’embaumement (Histoire, Livre II, 86) : après que le cerveau et les entrailles aient été retirés et remplacés par des mélanges d’aromates, la cadavre est desséché puis après 70 jours on l’enveloppe dans des linges enduits d’une sorte de cire faite de bitume.

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Page du Livre des Morts de Hunefer
c. 1275 B.C.E.
Thebes, Égypte
British Museum, Londres

©British Museum

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Détails des rites de momification de l’image précédente
c. 1275 B.C.E.
Thebes, Égypte
British Museum, Londres

©British Museum

Imagine-toi deux minutes, sans Wikipedia et sans Jamy dans son camion « C’est pas sorcier » et tu verras qu’un processus capable de conserver des corps pendant des millénaires, ça te semblera … magique.

« L’antidote contre le pourrissement » 
Les Visiteurs, 1993

Et rapidement, tu en viendras à la conclusion que si ces corps sont parvenus quasiment intactes jusqu’à toi, y’a peut-être moyen qu’en t’en « imprégnant », toi aussi ton corps soit préservé de la décomposition des chairs. C’est exactement se qui se passe au cours du Moyen-Âge : au fil du temps, les propriétés de l’asphalte furent transposées aux corps dont il provenait.

La combinaison des différents ingrédients nécessaires à l’embaumement à véritablement fasciné le Moyen-Âge et selon le principe « similia similibus curantur » (les semblables se guérissent par les semblables), les momies au sens des corps embaumés ont commencé à devenir une sorte de panacée préservant de la mort.

La transition menant du bitume à la poudre de cadavres égyptiens embaumés ne s’est pas faite en une nuit, les mecs y sont allés crescendo mais n’ont pas tellement perdu de temps non plus. Au début, on comprend bien que ce sont les substances utilisées pour l’embaumement qui préservent le corps alors on s’attache davantage aux bandelettes qu’au corps lui-même. Les bandelettes sont grattées pour récupérer les huiles résineuses, ce qu’on comprend donc être la fameuse « momie ». Et puis peu à peu, ça dérape.

À la fin du Moyen-Âge une intéressante distinction apparaît entre la momie dite « naturelle » et celle dite « artificielle ». L’utilisation de cette dernière semble être née grâce à un médecin du Caire qui précise dans un traité sur le bitume comme médicament qu’en cas de « difficulté pour se procurer du bitume, il est possible d’utiliser des corps momifiés ». Oh la brillante idée. La momie naturelle serait donc le bitume comme il est utilisé au Proche-Orient et la momie artificielle, du bitume utilisé lors du processus de momification. Sauf que voilà, nous en Europe, on a lu au premier degré « corps momifiés ».

Rapidement, la poudre de momie devient un élément indispensable de la pharmacopée médiévale. Je ne t’apprendrai rien à toi, fin connaisseur des habitudes de nos rois de France, que François Ier (1494 – 1547) portait toujours sur lui une petite réserve de poudre de momie mêlée à de la poudre de rhubarbe (pour le goût, c’est comme le sirop pour les enfants) qu’il lui suffisait de mélanger à un peu d’eau de vie en cas de maux de tête ou d’attaques bactériologiques.

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Boîte en bois du XVIIe siècle portant une inscription bicolore
©Anne de Becker

Le deal de momies frelattées, l’ancêtre méconnu du trafic de drogue

Déjà Ambroise (Paré à 1510 – 1590), un chirurgien à qui tu dois beaucoup sans même le savoir, comme l’affirmation que les licornes n’existent pas (ah bah ouais j’ai jamais dit que c’était cool), Ambroise donc dénonce déjà l’incroyable contrebande de corps servant à fabriquer de fausses momies : « La momie se fait et se façonne en notre France où l’on dérobe de nuit les corps au gibet, puis on les cure, ôtant le cerveau et les entrailles avant de les faire sécher au four. Après, on les vend pour vraie et bonnes momies et, dit-on, les avoir achetées de marchands portugais et avoir été apportées d’Égypte. Mais qui voudra rechercher, comme je l’ai fait chez les apothicaires, trouvera des membres et portions de corps morts, voire tout entiers, embaumés de poix noire, lesquels sentent une odeur cadavéreuse. »

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Ambroise Paré par David d’Angers (1788 – 1856) 
Musée David d’Angers 
Angers (Maine-et-Loire)

 

D’après Ambroise, il y avait donc pas mal de DLC courte sur le marché de la momie et c’est pas le seul à l’affirmer. De nombreuses recherches historiques ont révélé un circuit bien installé de momies entières ou déjà conditionnées qui embarquaient à Alexandrie sur des bateaux vénitiens ou portugais à destination de Lyon puisque la France se positionnait en première consommatrice mondiale. Pour faciliter l’expédition de ces « produits exotiques », les marchands égyptiens réduisaient en poudre des momies entières ou fabriquaient de fausses momies à partir de cadavres récents – souvent des condamnés à mort – et leur faisaient subir une momification grossière, le plus souvent en les enterrant quelques temps dans le sable du désert.

En France, la même supercherie ne se fit pas attendre et selon l’adage « en France, on n’a pas de sable, mais on a des idées » voilà que le marché de la momie fut alimenté par des momies made in France qui, comme le remarque justement Guy de la Fontaine (médecin du roi de Navarre en 1564), n’étaient pas de toute première fraicheur rapport à leur mort prématurée due à la peste, le choléra ou à une bonne vieille gangrène.

Rappelons que les vertus médicinales n’étaient attribuées qu’aux momies humaines et qu’au XVIe siècle, l’Égypte commençait à être un peu à sec côté humain. Dieu merci, il restait encore un paquet d’animaux sacrés momifiés en réserve. Et saches qu’une momie de chat sur laquelle on a fixé une tête de nourrisson fraichement décédé passe aisément pour la meilleure des cames sur le marché français. On ne répétera jamais assez l’importance de lire les étiquettes : « fabriqué en France » ne signifie pas que les produits utilisés pour la confection sont français. C’est vrai que pour ce genre de produits c’est pas très facile de consommer en circuit court mais une lecture attentive des étiquettes auraient certainement évité à nombre de braves gens de se choper une toxoplasmose pharaonique deux fois millénaires.

EGYPTE - Momie de chat d’époque ptolémaique - 332-30 av.JC | Photo Credit: Collection Dagli Orti / Musée du Louvre Paris / Gianni Dagli Orti

Momie de chat d’époque ptolémaïque

332-30 av. J.C.
© Collection Dagli Orti

Musée du Louvre, Paris 

Encore au XVIIe siècle, le commerce perdure et le souci de la qualité de la matière première n’est pas la préoccupation de la majorité comparé à l’avantage commerciale qu’elle représente.

En effet, tous les chirurgiens médiévaux employaient la poudre de momie comme substance anesthésiante, calmante, cicatrisante, désinfectante et hémostatique puisque les plus anciens récits de médecins arabes attestaient de son efficacité. C’est surtout au XVIe siècle que l’usage de la « momie » se généralise. Jérôme Cardan (1501 – 1576), médecin italien en fait l’apologie. Nicolas Lémery (1645 – 1715), apothicaire et chimiste de formation puis médecin classe même l’homme parmi les « drogues simples » au même titre que les plantes médicinales qui peuvent être consommées sans être modifiées.

Toutes ces qualités de la momie sont notamment attestées par le médecin arabe Avicenne (980 – 1037) qui utilise la momie pour guérir les éruptions, les fractures ou contusions, les paralysies et toutes sortes de maux. Mais au XVIe et XVIIe siècle, des questions émergent : parle-t-on bien de la même chose ? De nombreux détracteurs de la momie émettent avec beaucoup de bon sens l’hypothèse d’une mécompréhension : la momie médicinale est-elle un corps embaumé ou la/les substance(s) utilisée(s) pour l’embaumement ?

Car les ingrédients d’un embaumement réussi sont connus de tous et, même si chacun y va de son petit apport personnel comme les apprentis Top Chef s’épanchent sur le site Marmiton, les ingrédients demeurent grosso modo les mêmes : des aromates, des aromates et des aromates. C’est ce qu’on utilise déjà dans les pommes de senteurs (dont j’ai déjà parlé ici).

Je reprends pour les deux du fond qui n’ont pas suivi : lors de l’embaumement, outre le bitume, les Égyptiens utilisaient de la myrrhe aux propriétés astringentes, antiseptiques et cicatrisantes, de la gomme résine aromatique aux mêmes propriétés mais également stimulante, énergisante et anti-inflammatoire. On note aussi la présence d’aloé vera reconnue excellente pour sa qualité émolliente et donc pour la protection et la guérison de la peau, ainsi que de la cannelle astringente, stimulante et tonifiante. En gros, tout ce qui était reconnu comme ayant des propriétés aptes à conserver un corps en bonne santé ne pouvait pas faire de mal à un corps que l’on comptait rendre immortel. Parce que c’est toujours ça le but : l’immortalité.

Et donc, la question : est-ce qu’ingérer du cadavre momifié en poudre correspond bien à la pratique médicinale antique qui recommandait l’utilisation de « momie » pour tout et n’importe quoi ?

Pour Ambroise (Paré toujours) c’est un non négatif. Il écrit même un texte un dimanche de l’an 1582 – alors qu’il est très énervé – dans lequel il explique que la consommation de momie en tant que corps momifié et réduit en poudre « peut beaucoup plus nuire qu’aider, à cause que c’est la chair des corps puants et cadavéreux » et d’ajouter que « le fait est tel de cette méchante drogue, que non seulement elle ne profite en rien aux malades, comme j’en ai plusieurs fois eu l’expérience par ceux auxquels on en avait fait prendre, aussi leur cause grande douleur à l’estomac, avec puanteur de la bouche, grand vomissement, qui est plutôt cause d’émouvoir le sang, et le faire sortir davantage hors des vaisseaux, que de l’arrêter. » Tu m’étonnes.

Ce qui est curieux c’est que tout le monde en redemande. Et depuis plusieurs siècles en plus. Si la consommation de la momie était de l’ordre du placebo pourquoi Paré (Ambroise) note-t-il de tels effets secondaires ? Sûrement parce que la demande est telle que la plupart des « patients » consomment de la momie frelatée, à savoir du cadavre frais emballé à l’antique. Ainsi, au XVIIe une réflexion sur ce produit médicinal est engagée et plusieurs auteurs défendent l’idée que dans ce remède la chair n’a que peu de valeur, contrairement aux aromates utilisés pour l’embaumement. Ces derniers, produits rares en Europe, pouvaient être extraits des bandelettes et il s’agissait donc de récupérer les substances rares et non la chair momifiée. Grosse nuance.

Confirmation apportée au XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles par les cadeaux diplomatiques des différents rois de Perse : du bitume de Tsjam Peh, lieu dit de Perse d’où provenait le plus précieux des bitumes, déjà vendu sur les marchés européens et dans les apothicaireries sous le nom de « mumia vera » (vraie momie). Ce cadeau rare et excessivement onéreux (il valait quatre fois son poids en argent) fut offert à Louis XIV (1638 – 1715) qui en obtint deux cassettes, à Catherine II de Russie (1729 – 1793) et en 1809, le Chah d’Iran Fath Ali Shah Qajar (1772 – 1834) en fit envoyer au roi d’Angleterre.

Conclusion : les pécores illettrés persistaient à être soignés par des médecins peu portés sur l’art de la traduction des textes anciens tandis que les grands de ce monde pouvaient à loisir se tartiner de bitume livré dans des cassettes précieuses.

Pendant près de deux siècles, entre le XVe et le XVIIe siècle (c’est long), la confusion entre momie naturelle (le bitume) et momie-cadavre-embaumé (à la fois mélange de chair et d’aromates) va perdurer. Et cette confusion prend forme matérielle sous l’aspect des pots d’apothicaireries.

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Boîtes en bois de la n du XVIIIe siècle
Collection du Deutsches Apotheken- Museum, Heidelberg, Allemagne
©Anne de Becker

Soirée Tupperware

 

Un principe préside au rangement des remèdes et des ingrédients nécessaires à la confection dans une apothicairerie : on ne range pas les produits dits « secs » avec les produits « humides ».

Pour les produits secs comme les plantes, les écorces, les gommes ou encore la momie en poudre, on préférera les boites en bois (ou les tiroirs insérés dans les boiseries à partir du XVIIe siècle). Pour les produits humides, l’usage recommande les pots en céramique.

Cela étant dit, on trouve dans les musées et chez les collectionneurs les deux types de conditionnement reflétant la confusion qui exista longtemps entre le bitume et la momie comme nous l’entendons aujourd’hui.

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Albarello en céramique, XVIIIe siècle
Deutsches Apothekenmuseum Heidelberg, Allemagne

 

Note bien cependant que les pots en céramique sur lesquels tu peux lire « mumia » ou « momie » n’ont pas nécessairement recueilli le précieux bitume proche-oriental. Ils ont pu aussi être utilisés pour renfermer des préparations à base de momie que ce soit de la chair en poudre ou du bitume liquide. Car le produit étant dans les deux cas onéreux, sa consommation passait par des baumes, des liqueurs, des dissolutions ou encore des emplâtres. Des préparations humides donc.

On note même une recette pour le moins originale de « thériaque de momie ». La thériaque est à l’époque romaine un contrepoison mais devient rapidement une panacée contenant environ une cinquantaine d’ingrédients, la recette varie d’un apothicaire à l’autre et le produit est sensé tout guérir. La thériaque est un médicament essentiel de la pharmacopée européenne jusqu’au début du XXe siècle. Mais la thériaque de momie rassemble en elle toutes les croyances les plus débiles attribuées au Moyen-Âge : il faut se procurer le cadavre frais d’un homme de 24 ans, en bonne santé, fort et roux et fraichement roué, pendu ou tué par un projectile. On embaume ça fissa fissa avec un peu de poix et hop direction l’apothicairerie où votre pharmacien préféré vous en filera un flacon en cas de mauvais rhume !

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#YUMMY

 

Les remèdes à base de momie (fausse ou véritable) perdurent jusqu’au XIXe siècle où leur disparition coïncide avec l’avènement de la chimie.

 

Il est ainsi possible de trouver des pots à « momie » anciens en céramique et en bois, des objets aujourd’hui rares mais qui témoignent des tâtonnements de la médecine, de ses hésitations entre croyances irrationnelles et propriétés avérées de ses remèdes. Qu’ils soient bitume miraculeux propre à guérir tout les maux ou corps momifié parvenu à nous parfaitement conservés, les remèdes à base de momie participent de la quête de l’éternité et de jeunesse qui occupe avec constance l’être humain depuis maintenant quelques millénaires.

 

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Détail d’une boîte en bois pour « Momie »
de l’apothicairerie de l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, XVIIe siècle
©Musée de Troyes

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Boîtes de l’apothicairerie de l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, XVIIe siècle
©Musée de Troyes

 

 

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Détails des rayonnages en cerisier
de l’ancienne pharmacie « Zur Krone » à Ulm
(1812 ; réf. 15)
©Anne de Becker

 

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Série de flacons de verre contenant, de part et d’autre du sang de bouquetin, de la momie d’Egypte et du bitume de Judée
(Collection de l’Institut de Pharmacie de l’Université de Liège ; d’après 12).
©Anne de Becker

SOURCES :

 

  • BOURÉE Pierre, BLANC-VALLERON Marie-Madeleine, ENSAF Mansour, ENSAF Alireza, Usage du bitume en médecine au cours des âges, Histoire des sciences médicales, Tome XLV, N°2, 2011
  • De BECKER Anne, Utilisations des momies de l’antiquité à l’aube du XXe siècle, Revue des questions scientifiques, 2010, 181 (3), 305 – 340
  • GUILLOT Dorothée, La momie de sa confection à son utilisation, Mémoire pour l’histoire de la pharmacie, Documents de référence – Histoire et art pharmaceutique, janvier 2015 (http://www.ordre.pharmacien.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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