Cloches et clochettes accompagnent tous les ans les célébrations de Noël et du jour de l’An. Les publicitaires jouent allègrement de leurs harmonieux mais synthétiques grelots pour te vendre de l'eau de Javel de Noël. Qu'en déduit-on ? Le tintinnabulement est annonciateur.

Clochettes et grelots : indicateurs de dérèglement

Si la clochette caractérise l’arrivée imminente du Père Noël, elle annonce surtout l’arrivée de quelque chose d’inhabituel dans notre environnement quotidien. Le grelot a pendant longtemps annoncé le terrifiant Hellequin et sa Mesnie (il s’agit d’un chasseur à cheval menant une horde, une « mesnie » de cavaliers et faisant grand bruit, il est la traduction de bruyants phénomènes naturels nocturnes tels que les tempêtes. Ce mythe est présent en France et en Europe du nord.)

Le grelot était aussi l’attribut du fou du Carnaval, personnage aussi drôle qu’inquiétant, synonyme de joie et de fête, de la même manière que le sont les clowns d’aujourd’hui. Dans les deux cas, la clochette est l’apanage du non-humain, de l’étrange et de la fascination que ces créatures entre deux mondes inspirent.

Clochette médiévale en bronze © Furnish Your Castle
Grelot médiéval en bronze

La cloche s’est rapidement vue prêter une qualité apotropaïque, c’est-à-dire qu’on la pensa capable de préserver le porteur de l’influence néfaste de mauvais esprits (raison pour laquelle les vaches portent régulièrement des cloches).
Il en va de même pour la clochette et le grelot. Les arborer à cette période de l’année – la plus sombre et la plus froide – c’est se prémunir de ces personnages inquiétants qui avertissent de leur arrivée par le tintement d’une cloche. En imitant le bruit qui accompagne ces individus ambigus, on se prémunit de leur malfaisance. On les trompe en quelque sorte.

Le son circule ainsi de la Terre vers le Ciel que du Ciel vers la Terre, caractérisant la résonance propre à la cloche.

La cloche est un instrument de résonance et un des plus anciens instruments créés par l’homme ; son caractère sacré est attesté depuis longtemps. Clochette de harnais en bronze. Époque romaine, 40 - 80 après J.C.

© National Museum Wales

La chasse fantastique d’Hellequin, les démons enquiquineurs de bovidés ou les fous sautillant du Carnaval incarnent tous des personnages inhabituels, entre Terre et Ciel, entre le monde d’en bas et celui d’en haut, entre vivants et morts. La clochette est alors le lien qui permet de maintenir le contact entre ces deux mondes.

Celle de l’église qui marque les heures rappelle aux hommes que tempus fugit, que leur temps n’est pas éternel et que leurs heures – leur quota de tintements de cloches – sont comptées !
Le tintement précédent l’arrivée du Père Noël annonce la période la plus sinistre de l’année, celle qui ressemble le plus à la mort : sombre, froide et inquiétante. Mais les grelots du sapin lui répondent et annoncent le retour de la vie, de la lumière et de la joie qui prennent forme dans la crèche au pied du sapin.

  • BAUDOT J., Les cloches : étude historique, liturgique et symbolique, Bloud, Paris, 1913
  • UELTSCHI K., Histoire véridique du Père Noël, du traineau à la hotte, Imago, Paris, 2012