La Saint-Valentin : que tu sois adepte ou non de cet événement mercantile relou (#objectivité), voici de quoi faire le malin à propos d’un des cadeaux stars du 14 février : la bague de fiançailles. Un article fonctionnant aussi bien pour les célibataires que pour les polygames.

Naturellement tu imagines cette bague très liée à la religion chrétienne. Et sans surprise tu apprendras que ce n’est pas le cas.

L’Église utilise à nouveau un bon vieux symbole païen. C’est aussi vrai qu’elle fut sûrement prise au dépourvu le jour où un jeune enthousiaste s’est pointé devant l’autel avec une bague. D’abord parce qu’aux yeux sévères de l’Église, la bague de fiançailles venait tout droit de la culture romaine – avec qui elle eut quelques différents, on ne va pas se le cacher – et qu’elle porta peu en son cœur les résidus de culture antique. Mais Dieu ordonna de pardonner son prochain et surtout d’engranger du fidèle, ce qui ne se fit pas sans quelques concessions.

Bague de foi ou bague de promesse. Ces bagues étaient offertes comme bagues de fiançailles au Moyen-Âge. Leur matériau différaient selon les moyens des futurs époux. Or, XVIe siècle. © MET Museum

L’alliance n’est pourtant pas d’origine romaine, il s’agit d’un objet piqué aux Égyptiens. La plus ancienne bague de mariage a environ 6000 ans et nous vient directement d’Égypte. Dans cette culture millénaire, les heureux époux symbolisaient leur union en s’échangeant des anneaux de chanvre ou de roseau tressé.

Un bijou un peu moins païen lorsqu'il est orné de quelques scènes de la vie de Jésus.

Alliance décorée de scènes de la vie du Christ. Or niellé, VIe siècle. © Walters Art Museum

Aie confiance

Pour comprendre la valeur symbolique de l’anneau de mariage, il faut d’abord comprendre la conception démiurgique dans l’Égypte ancienne. Autrement dit, comprendre le mythe de création de l’Univers dans la mythologie égyptienne.

Au tout début est une immensité d’eau et de ténèbres, ni le jour ni la nuit ni aucune dualité n’existent : c’est le Noun. Alors, Atoum apparaît dans une sorte d’embrasement, d’explosion de lumière faisant reculer les ténèbres.

Atoum est une singularité grandissant constamment, une expansion créatrice très tôt symbolisée par une sorte de spirale formée par les anneaux d’un serpent enroulé. Puis la membrane extérieure du cosmos se stylisa pour devenir un serpent encerclant qui définissait les contours du cosmos. Ce serpent protecteur est un motif connu sous le nom grec οὐροϐóρος, Ouroboros, « qui se mord la queue ». Il est une sorte de cercle infini longtemps considéré comme un symbole d’éternité : le serpent s’engendre lui-même en muant, il est donc éternel et infini comme la forme du cercle.

Ce n’est pourtant pas l’unique signification de ce motif.

Le serpent encerclant le cosmos est ce qui protège justement le cosmos des ténèbres abyssales primitives. Tant que cette barrière demeure intacte, la réalité ordonnée du monde ne risque rien. En revanche, l’effondrement de cette barrière protectrice est synonyme de la fin du monde tel que nous le connaissons. Un scénario qui n’a rien à envier à ceux des blockbusters hollywoodiens.

Le serpent qui se mord la queue symbolisme l’enceinte protectrice et circulaire du cosmos. Il est la limite la plus éloignée du monde et définit la course du soleil puisque l’astre n’a qu’à suivre la ligne intérieure du serpent enroulé. Le serpent protège ainsi l’intégrité du soleil pendant sa course diurne et pendant sa course nocturne dans le monde souterrain.

Horus l’Enfant dans le disque de soleil symbolisé par un Ouroboros. Papyrus Dama Heroub, Musée de Guizeh. XXIe dynastie, VIe – Xe siècle avant notre ère.

Un parallèle est fait à l’échelle humaine. L’être humain se définit par des phases d’éveil (à la lumière) et de sommeil (dans l’ombre). Dans la culture égyptienne, ces alternances d’éveil à la lumière et de sommeil dans l’obscurité sont à mettre en parallèle avec la course du soleil. Cette conception permet d’invoquer la protection du serpent Ouroboros à l’échelle de la vie humaine de la même manière qu’il protège la course de l’astre solaire tout au long de ses phases d’éveil (le jour) et de sommeil (la nuit).

Anneaux sculptés en stéatite verte. Égypte ptolémaïque. 305-30 avant notre ère. © Sadigh Gallery Ancient Art, Inc

Ceci fut attesté par un grand nombre d’objets apotropaïques, d’amulettes et de bijoux figurant ce serpent. Si le serpent protège le cosmos, il protège logiquement l’homme qui y vit. L’anneau devient ainsi une stylisation particulièrement efficace de ce serpent protecteur. L’ancêtre de cette bague de fiançailles qui va te coûter les yeux de la tête est donc un reptile égyptien.

Offrir un anneau, c’est offrir la protection du serpent Ouroboros. S’échanger ces anneaux revient donc symboliquement à s’offrir une protection mutuelle. C’est mignon.

Anneau égyptien en stéatite verte. Cira 300 avant notre ère. © Sadigh Gallery Ancient Art, Inc

Quant à la tradition de placer cet anneau à l’annulaire gauche, il semble que les Égyptiens aient encore une certaine responsabilité dans cette histoire. Ils furent en effet les premiers à penser qu’une unique veine reliait le cœur directement à l’annulaire gauche : la vena amoris.

Autant ils furent remarquables en emballage de corps humains et dans toutes sortes de domaines, autant ils se sont montrèrent ici notoirement mauvais. En revanche, l’annulaire est le premier doigt qui se forme durant le développement des fœtus humains ou des grands singes. Comme quoi, qu’on le veuille ou pas, l’annulaire a une drôle d’importance dans la vie humaine…

Bague "Toi et Moi" offert par Napoléon Bonaparte à Joséphine de Beauharnais à l'occasion de leurs fiançailles en 1796. Remarques-tu l'étrange ressemblance entre ce type de bague dite "Toi et Moi" et les bagues à double tête de serpent égyptiennes ? © France TV Info
  • GUILHOU N., PEYRÉ J., La mythologie égyptienne, Poche Marabout, Hachette, Paris, 2005
  • MICHAEL REEMES Dana, The Egyptian Ouroboros : an iconological and theological study, dissertation for the Doctor of Philosophy in Near Eastern Languages and Cultures diploma, University of California, Los Angeles, 2015